Yvette Bonny, pédiatre-hématologue (1938-)

ÉMILIE TREMBLAY

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Pédiatre-hématologue et professeure d’université québécoise d’origine haïtienne, Yvette Bonny a réalisé la première greffe de moelle osseuse chez un enfant au Québec. Après des études en médecine en Haïti et au Québec, elle a été embauchée en 1970 par l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont à Montréal. Durant toute sa carrière, Yvette Bonny, appelée par ses collègues la « Patch Adams » de la pédiatrie, s’est occupée d’enfants très malades. Aujourd’hui retraitée, elle est toujours active, notamment comme enseignante et conférencière.

LA MÉDECINE : UNE VOCATION DEPUIS SA TENDRE ENFANCE

Yvette Bonny est née à Port-au-Prince, en Haïti, en 1938. Elle a fait ses études primaires et secondaires au collège des soeurs de Sainte-Rose-de-Lima. Toute petite, elle voulait déjà devenir médecin comme son arrière-grand-père. Adolescente, sa soif d’aider et de soigner les gens perdure. Alors qu’elle étudiait dans un pensionnat privé, les sœurs qui dirigeaient l’établissement lui dirent que la médecine n’était pas une place pour une femme. Elle s’entête néanmoins et entreprend des études en médecine en Haïti. Une fois qu’elle obtient son diplôme de la Faculté de médecine d’Haïti, elle quitte son Haïti natal pour se perfectionner à l’étranger.

DE PORT-AU-PRINCE À MONTRÉAL

Yvette Bonny est arrivée au Québec en 1962. Elle s’est spécialisée en pédiatrie à l’Hôpital Sainte-Justine. Jeune étudiante au début de la vingtaine, elle est devenue la première résidente noire de cet hôpital.

J’ai fait partie des premiers contingents haïtiens à venir se perfectionner en médecine au Québec. Mon but le plus cher était de repartir en Haïti dès ma résidence en pédiatrie terminée. Mais quand j’ai été prête, le climat politique en Haïti était tellement explosif (comme presque toujours d’ailleurs) que mes parents n’étaient pas d’accord pour que je revienne. Alors, j’ai décidé d’opter pour une deuxième spécialité (hématologie) et de demander mes papiers d’immigrante (Dre Yvette Bonny, propos rapportés par Sylvie Poulin).

Elle s’est ensuite spécialisée en hématologie. Elle a obtenu un premier fellowship en hématologie à l’hôpital Saint-Antoine de Paris et un second à l’hôpital Royal-Victoria de Montréal. Quelques années plus tard, en 1970, elle a été recrutée par l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont comme pédiatre-hématologue. Elle était alors l’une des rares femmes noires médecins dans le monde médical québécois dominé par les hommes.

UNE PIONNIÈRE DANS LE DOMAINE DE LA TRANSPLANTATION
DE LA MOELLE OSSEUSE CHEZ L’ENFANT

Le 2 avril 1980, elle a réalisé la première greffe de moelle osseuse au Québec chez un enfant, une fillette de 13 ans qui était alors sa patiente. Elle était alors la seule pédiatre-hématologue de l’est du Canada à réaliser de telles transplantations. Sonia Sasseville, cette première greffée de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, deviendra infirmière à ce même hôpital plusieurs années après l’exploit de la Dre Bonny. Cette greffe a transformé le traitement de certaines maladies infantiles comme la leucémie et l’anémie falciforme.

De 1980 à 1998, elle a dirigé l’unité provinciale de transplantation médullaire pédiatrique de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et, à ce titre, elle a réalisé toutes les transplantations de moelle osseuse au Québec chez l’enfant (près de 200).

UNE ENSEIGNANTE DÉVOUÉE

En plus de sa carrière comme pédiatre-hématologue, Yvette Bonny a enseigné la médecine. Elle a d’abord été nommée professeure adjointe de clinique à l’Université de Montréal en 1972, puis professeure agrégée de clinique en 1980.

Les gens disent que je suis une pionnière, mais moi je n’ai pas cette impression-là. Je ne me considère pas comme une pionnière. Je me considère, et puis c’est peut-être un peu lourd à porter, comme une espèce de modèle. Je continue de faire de l’enseignement aux étudiants, aux jeunes, et puis je suis toute fière qu’ils viennent me poser des questions. Pas seulement d’ordre médical : des questions à propos de leur vie, de leur carrière. Comme je dis toujours, je suis une grand-mère caresse en médecine (extrait d’une entrevue avec la Dre Yvette Bonny, émission Une pilule une petite granule, 18 janvier 2007).

UNE LONGUE CARRIÈRE COMME MÉDECIN ET CHERCHEUSE

Yvette Bonny a passé plus de 35 ans à lutter et à faire de la recherche pour le traitement de maladies infantiles graves telles que la leucémie, le cancer et différentes formes d’anémie, notamment l’anémie falciforme (drépanocytose) qui touche principalement les populations noires. Cette dernière maladie – l’anémie falciforme – était très peu connue par ses collègues médecins au début de sa carrière à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Elle était surnommée par ses collègues la « Patch Adams » de la pédiatrie pour son humour et son humanisme.

Je me fais appeler Patch Adams à cause du fond humoristique que j’ai. Je fais, je corrige et je traite en riant. C’est important pour moi de faire rire mes patients et parfois le personnel aussi, quand c’est lourd, en choisissant le bon moment. Je suis pleinement dans l’action quand je travaille, mais pour diminuer l’émotion, l’angoisse et le stress, je peux faire une blague, quelque chose pour alléger l’atmosphère un peu (extrait d’une entrevue avec la Dre Yvette Bonny, émission Une pilule une petite granule, 18 janvier 2007).

Yvette Bonny fut mariée à Pierre Gadbois, décédé en 2010, et elle est mère d’une fille, Nathalie Gadbois.

DES IMPLICATIONS À L’EXTÉRIEUR DU MILIEU MÉDICAL

Outre ses nombreux engagements dans le monde médical et universitaire, Yvette Bonny s’est également impliquée pour la jeunesse haïtienne à Montréal et plus généralement pour les jeunes issus de différentes communautés culturelles. Elle avait à cœur la lutte contre la pauvreté et le décrochage scolaire des jeunes immigrants haïtiens. Elle a siégé sur le conseil d’administration de l’organisme Entraide bénévoleKouzin Kouzin. Cet organisme travaille avec les jeunes issus de différentes communautés culturelles pour faciliter leur intégration à la société québécoise. Elle a également œuvré au sein de LEUCAN, un organisme qui apporte son soutien aux enfants atteints de cancer et à leur famille.

Elle a été présidente de la campagne de financement 2015 du Bureau de la communauté haïtienne (BCHM) qui tente d’acquérir le local loué depuis près de 40 ans.

PRIX, HONNEURS ET DISTINCTIONS

Tout au long de sa carrière, Yvette Bonny a reçu de nombreux prix et distinctions. En 2013, elle a été décorée par le Consulat général d’Haïti à Montréal dans le cadre d’un événement annuel visant à honorer un ressortissant haïtien qui s’est distingué au Québec dans l’exercice de sa profession. En 2012, elle s’est vue décerner la Médaille de jubilé de Diamant de la Reine Élisabeth II. En 2008, elle a reçu l’Ordre du Canada. En 2007, elle est fait Chevalier de l’Ordre national du Québec. En 2006, elle reçoit le Prix de reconnaissance du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

LISTE DÉTAILLÉE DES DISTINCTIONS

  • 1977 : Prix « Madame Pédiatrie » pour la personne la plus appréciée du département de pédiatrie à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont;
  • 1986 : Prix d’Excellence de la communauté haïtienne de Montréal dans la catégorie Médecine;
  • 1989 : professeure émérite, Hôpital Maisonneuve-Rosemont;
  • 1993 : Récipiendaire du titre de Médecin de cœur et d’action de l’Association des médecins de langue française du Canada (AMLFC) et du groupe L’Actualité médicale;
  • 1993 : Membre de la New York Academy of Sciences;
  • 1993 : Prix Hommage et Mérite de l’Association des médecins haïtiens à l’étranger (AMHE);
  • 1994 : Prix Claire-Heureuse;
  • 1995 : Hématologue de l’année par l’Association des hématologues-oncologues du Québec;
  • 1996 : Femme de mérite dans la catégorie santé, YWCA de Montréal;
  • 1997 : Citoyenne d’honneur de la Ville de Montréal;
  • 1997 : Elle figure dans le International Who’s Who of Professionals;
  • 1998 : Prix Sylvio Cator, modèle haïtien d’énergie et de réussite;
  • 1999 : Chevalière de l’Ordre national Honneur et Mérite de la République d’Haïti;
  • 2000 : Médecin de mérite des 20 dernières années, Association des médecins de langue française du Canada;
  • 2000 : Professeur de l’année 1999-2000, département de médecine de l’Université de Montréal;
  • 2000 : Prix du Millénaire femme, Santé, Droits Humains;
  • 2004 : Prix Jackie Robinson, Montreal Association of Black Business Persons and Professionals;
  • 2004 : African Canadian Achievement Awards;
  • 2005 : Living Legend, International Biographical Center, Cambridge, England;
  • 2006 : Première récipiendaire du prix de reconnaissance du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont;
  • 2007 : Chevalière de l’Ordre national du Québec;
  • 2008 : Membre de l’Ordre du Canada;
  • 2012 : Médaille de Jubilé de Diamant de la reine Élisabeth II;
  • 2013 : Décorée par le Consulat Général d’Haïti à Montréal.

AUTEURE DE PLUSIEURS ARTICLES SCIENTIFIQUES (LISTE NON EXHAUSTIVE)

Dobkin P.L., Poirier R.-M., Bonny Y. (1995), « Family Factors Affecting Bone Marrow Transplantation. A Case Report », Psychotherapy and Psychosomatics, vol. 64, no. 2, p. 102-108.

Bueltzingsloewen A., Bélanger R., Perreault C., Bonny Y., Roy D.-C., Boileau J., Kassis J., Lavallée R., Lacombe M. et Gyger M. (1993), « Allogeneic bone marrow transplantation following busulfan-cyclophosphamide with or without etoposide conditioning regimen for patients with acute lymphoblastic leukaemia », British Journal of Haematology, vol. 85, no. 4, p. 706-713.

Bélanger R., Gyger M., Perrealut C., Bonny Y. et J. St-Louis (1988), « Bone marrow transplantation for myelodysplastic syndromes », British Journal of Haematology, vol. 69, no. 1, p. 29-33.

Gyger M., Bonny Y. et L. Forest (1982), « Childhood monosomy 7 syndrome », American Journal of Hematology, vol. 13, no. 4, p. 329-334.

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