Myriam Merlet

Décédée à 53 ans sous les débris de sa maison de Port-au-Prince peu après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Myriam Merlet était une économiste engagée de longue date dans la recherche féministe et l’une des leaders du mouvement des femmes d’Haïti et des Caraïbes les plus aimées et respectées. Directrice du cabinet du ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes d’Haïti de 2006 à 2008, qu’elle continuait de servir en tant que consultante de haut niveau, elle était aussi représentante nationale à l’Association caraïbéenne pour la recherche et l’action féministe (CAFRA), de même qu’une proche collaboratrice de l’ORÉGAND, et ce, dès la phase de sa conception. Depuis deux ans, avec Myriam, l’ORÉGAND réalisait un projet de recherche qui allait servir de fondement à une proposition de politique d’égalité hommes-femmes en Haïti.

« Myriam était une grande amie depuis si longtemps que je n’arrive plus à me souvenir comment je l’ai connue. Elle était aussi une complice, une collaboratrice, une inspiratrice… Je peux en dire autant de Magalie Marcelin, également tuée par le séisme. Depuis toujours, toutes deux étaient proches de mon fils. Haïti sans elles nous semble inconcevable », se désole Denyse Côté, fondatrice de l’ORÉGAND.

Myriam Merlet. Photo: Paula Allen

Eve Ensler, l’auteure des Monologues du vagin, une pièce de théâtre qui a donné naissance au mouvement international V-Day, a raison de dire qu’elle sera très regrettée par ses consoeurs, et ce, à travers le monde entier. Tout comme elle, nous pensons qu’elle était « l’une des femmes les plus humbles, dévouées, engagées, brillantes, affectueuses. Elle était une révolutionnaire et une visionnaire et avait un très grand coeur. Et elle était « le fun ». Elle en a inspirées et encouragées plusieurs et je suis reconnaissante au-delà des mots de l’avoir connue et d’avoir lutté avec elle. Et maintenant, nous devons tous et toutes nous engager nous-mêmes envers Haïti, envers les femmes, leur futur, de tout notre coeur. »

Née en Haïti le 14 octobre 1956, Myriam a grandi en France et en Italie. C’est une jeune fille de la bourgeoisie que ses parents amènent quelques fois en vacances à Port-au-Prince. « Mes parents étaient duvaliéristes. Je leur en ai beaucoup voulu et je me suis longtemps sentie coupable », disait-elle à Monique Durand selon Le Devoir du 27 décembre 2008.

C’est en 1974 que Myriam s’installe à Montréal, où elle entreprend des études d’économie, de sociologie politique et des études féministes. Mais le référendum de 1980 lui fait prendre conscience qu’elle était « devenue l’Autre qui avait fait perdre le référendum. Et pourtant! J’oeuvrais à l’Union des travailleurs immigrants et québécois dans la rue du Parc. Nous étions tous de gauche et indépendantistes! ».

Ne voulant pas rester une immigrante toute sa vie, elle choisit d’être une femme haïtienne comme elle l’explique dans The More People Dream, et va s’installer à Port-au-Prince en juillet 1987, peu après le renversement de la dictature duvaliériste. La professionnelle et militante qu’elle sera toute sa vie « fonce comme un bélier » dans le processus de changement social et politique de son pays, tout en ayant de plus en plus conscience de n’être « qu’une goutte d’eau dans l’océan quand c’est d’une grande révolution des mentalités qu’Haïti a besoin ».

EnfofanmDès 1987, elle fonde EnfoFanm, un centre de documentation et d’information qui défend les droits des Haïtiennes et fait leur promotion en tant qu’actrices du développement. C’est dans quatre domaines qu’intervient EnfoFanm : la documentation spécialisée en littérature et actualité féministes, la formation, la communication et le plaidoyer. Notons qu’EnfoFanm publie le seul journal en créole pour les femmes, Ayiti Fanm, et produit des émissions radiophoniques et télévisées. Plus récemment, Myriam s’impliquait dans la création de la V-Day Haiti Sorority Safe House, la première maison d’hébergement pour femmes victimes de violence de Port-au-Prince, pour laquelle V-Day lève actuellement des fonds.

Afin de lui rendre hommage de même qu’à Magalie Marcelin, tout en levant – très bientôt – des fonds pour Kay Fanm, qu’avait fondé Magalie pour soutenir les victimes de violence, l’ORÉGAND a mis en ligne un groupe Facebook et développe une section spéciale sur son site web. Nous vous transmettrons aussi des informations en français concernant le Camp de solidarité Myriam Merlet, Anne-Marie Coriolan et Magalie Marcelin mis sur pied par des groupes de femmes d’Haïti, de la République dominicaine, d’Amérique latine, des Caraïbes et d’ailleurs.

Pages reliées :
Women of Haiti in the spotlight of new show, Lana Michelin, Red Deer Advocate, 01.02.2011
Canadians in Haiti: Stories of Loss and Remembrance – Myriam Merlet, CBCNews.ca, 05.2010
Entrevue de Denyse Côté à l’émission Le monde selon Mathieu, Radio-Canada Ottawa-Gatineau, 22.10.2010
Eve Ensler et Amy Goodman parlent du décès de Myriam Merlet, Democracy Now!, 21.01.2010
Sex attacks blight lives of Haitian girls (inclut une entrevue avec Myriam), Tracy McVeigh, The Observer, 08.03.2009
Haïti : le défi de passer de la parole aux actes, une communication présentée par Myriam Merlet le 12 septembre 2008 à la rencontre Du dire au faire (voir aussi la vidéo de sa présentation)
Recension par Chantal Maillé de La participation politique des femmes en Haïti. Quelques éléments d’analyse, Myriam Merlet, 2002

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