Michèle Duvivier Pierre-Louis, économiste, professeure d’université et femme politique (1947-)

PASCAL ADRIEN

Li se youn nan fanm ann Ayiti ki rive makonnen lasyans, politik ak angajman sosyal. Li patisipe nan mete sou pye youn nan pi gwo fondasyon k ap travay nan domèn lakilti ak lakonesans, k ap fè tou pwomosyon pou respè dwa moun, epi finalman k ap batay pou transfòme anviwonman peyi a. Li se dezyèm fanm ki te rive okipe pòs premye minis ann Ayiti.

Née à Jérémie le 5 octobre 1947, Michèle Duvivier Pierre-Louis a été mariée à Edouard Pierre-Louis dont elle a eu un enfant le 25 février 1972, Elisabeth Pierre-Louis. Tout au long de sa vie, elle n’a jamais rompu avec l’engagement citoyen, la promotion systématique de la science et de la culture, sans oublier la participation à la gestion rationnelle de la RES PUBLICA en Haïti.  Resident Fellow de la Kennedy School-Institute of Politics de l’Université Harvard en 2010 et diplômée en économie du Queens College à New York en 1976, elle inscrit son cheminement dans une perspective critique où la praxis est éclairée par la science qui, à son tour, est susceptible d’ajuster ses théories au contact du champ de l’empirie. Science et engagement citoyen : chronique d’une histoire d’amour entre une citoyenne haïtienne et son pays natal.

UN PARCOURS ACADÉMIQUE ET PROFESSIONNEL HORS DE L’ORDINAIRE

C’est à 18 ans que Michèle Duvivier Pierre-Louis a terminé ses études classiques au Centre d’Études Secondaires de Port-au-Prince, année académique 1965-1966. Par la suite, elle s’est rendue à l’étranger pour ses études universitaires. Elle a étudié l’économie au prestigieux Queens College de la City University of New York (CUNY) où elle a décroché son master (1976). Par la suite, elle a suivi une formation en « management d’aéroport » (1982), en éducation des adultes (1989-1990) ainsi qu’en management et gestion de projet (1996-1997/1998-2001).

Si Madame Pierre-Louis a fait ses études universitaires en dehors de son pays natal, il n’en demeure pas moins qu’elle y est revenue, en 1976, pour se consacrer à l’éducation, à la démocratisation de l’accès à l’information et à la culture. C’est ainsi que, dès 1986, on la retrouve comme formatrice nationale à l’avant-garde d’une grande campagne d’alphabétisation lancée par l’Église Catholique : « Mission Alpha ». C’est une preuve éloquente que son savoir et son savoir-faire sont dédiés au service des citoyens de son pays, des déshérités en particulier.

De 1989 à 2006, elle a été membre de la revue Chemins Critiques qu’elle alimentait en articles scientifiques touchant tour à tour la politique, l’économie, l’art et la culture. Elle ne s’y adonnait pas exclusivement en chercheuse férue de science pure, mais aussi, et surtout en citoyenne résolument engagée dans la lutte pour le changement des rapports sociaux ponctués d’injustice socio-économique criante préjudiciable à la majorité de ses frères et sœurs.

Directrice de recherche à l’Institut Culturel Karl Lévêque, de 1989 à 1991, elle anima des séminaires et des ateliers avec les organisations de base en vue de leur participation active dans la construction de la société civile après la nuit dictatoriale des Duvalier. Michèle Duvivier Pierre-Louis est donc du rang illustre de celles et de ceux qui ont porté la transition démocratique haïtienne sur les fonts baptismaux en renforçant les institutions de base de la société civile dans une dynamique de vigilance et de citoyenneté active garante du respect effectif du « bien commun » par les gouvernants.

En 1991, le Président Jean Bertrand Aristide a jeté son dévolu sur cette Jérémienne de grande culture, cette économiste à forte sensibilité sociale, comme membre de son cabinet particulier. Elle fut chargée de la redéfinition systématique des missions structurelles de l’État et de la coordination entre la Présidence et les Ministères, et relayait les demandes des organisations paysannes à la réforme agraire. On comprend pourquoi on associe parfois le nom de la fondatrice de la FOKAL à la mouvance de la gauche post-86 haïtienne. Sa science, elle ne la pratique pas enfermée dans une tour d’ivoire. Elle s’ouvre au contact des faits sociaux, politiques et économiques par sa praxis.

Sa culture semble être avant tout un prétexte d’exploration, un outil de décryptage des déterminants du sous-développement du pays. Elle ne s’est jamais cantonnée aux discours essentiellement idéalistes et aux vœux pieux, son cheminement professionnel étant avant tout celui d’un soubassement théorique à l’épreuve constante d’un réel vécu, le tout dans une perspective critique de quête de réponses aux questions que nous pose le mal-être haïtien.

En 1992, Michèle Duvivier Pierre-Louis devint consultante en formation des adultes dans le cadre d’un programme de formation de sages-femmes initié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en partenariat avec le Service Œcuménique d’Entraide et l’Institut Haïtien de l’Enfance dans le Plateau Central et dans le Nord-ouest. Une autre preuve qu’elle ne ménagea aucun sacrifice pour mettre ses connaissances au service des contrées les plus reculées du pays, très loin du confort de la bureaucratie port-au-princienne.

 LA CRÉATION DE FOKAL

Si on vous demande de résumer la vie de Michèle Duvivier Pierre-Louis en un mot, n’allez pas chercher par quatre chemins : « FOKAL ». En effet, 20 ans déjà depuis que la professeure à l’Université Quisqueya a érigé ce monument en l’honneur de « l’épanouissement de la vie associative, sociale et culturelle ». FOKAL (Fondasyon Konesans ak Libète)[1] est un lieu privilégié de la socialisation à la pratique démocratique, un symbole de libération de la parole et une citadelle abritant les défenseurs des secteurs suivants entre autres : la paysannerie, les femmes et les jeunes.

Entre conférences, débats, projections, rencontres, concerts et spectacles, la FOKAL, créée en 1995 par Michèle Duvivier Pierre-Louis, rythme l’évolution de la transition démocratique haïtienne à grand renfort de production artistique, scientifique et culturelle. Reconnu d’utilité publique en 2000 et honoré par la bibliothèque du Congrès américain en 2008, ce temple de la connaissance et de la liberté est au centre de la vie intellectuelle de la jeunesse estudiantine assoiffée d’intégration sociale, politique et économique. Michèle Duvivier Pierre-Louis y anime souvent des conférences-débats, elle qui, de 1995 à 2008, faisait office de Directrice Exécutive de ladite Fondation pour devenir ensuite sa Présidente depuis 2009.

À travers la Fokal, cette altermilitante met un accent particulier sur l’éducation, la culture, le développement communautaire, l’environnement, l’équité de genre et les acteurs de la société civile. Elle ponctue le cheminement de notre jeune démocratie en quête d’assise institutionnelle solidement ancrée dans les mœurs. À travers FOKAL, elle a fait un grand pari. Pari réussi à chaque fois qu’un jeune trouve le financement de la Fokal pour ses études universitaires, à chaque fois qu’un projet pertinent est financé pour réduire le champ de l’obscurantisme et à chaque fois qu’un livre s’ouvre à la Bibliothèque Monique Calixte.

MICHÈLE DUVIVIER PIERRE-LOUIS: FEMME POLITIQUE?

Point n’est besoin de redire que Michèle Duvivier Pierre-Louis a été membre du Cabinet particulier du théologien de la Libération devenu Président d’Haïti le 7 février 1991, Jean Bertrand Aristide. Cependant, du point de vue de la politique active, le nom de la Fondatrice de la FOKAL ne s’est jamais autant associé à la politique qu’au moment de sa désignation comme Première ministre par le Président René Garcia Preval, un ami de longue date avec qui elle a fait l’expérience d’une petite et moyenne entreprise (PME) à succès : « La Boulangerie du Centre ». Fondée en 1982 par Michèle Duvivier Pierre-Louis et René Garcia Preval, cette boulangerie n’a pas été épargnée par les actes de vandalisme qui accompagnèrent le premier coup d’État contre Jean Bertrand Aristide, l’ancien prêtre devenu Magistrat Suprême de l’État. Cette tranche d’histoire, Michèle Duvivier Pierre-Louis s’en souvient encore.

Son passage à la Primature (du 6 septembre 2008 au 30 novembre 2009) lui a permis de mesurer les dessous du cynisme politique haïtien. Son exercice de fonction fut bref (1 an et un mois), mais on ne peut plus évocateur de la nécessité d’allier science et politique dans la gestion de la chose publique en Haïti. Dans un pays comme Haïti où l’intelligentsia progressiste a cessé de s’engager directement dans la politique, la nomination de Madame Pierre-Louis comme Première ministre s’est donc faite sous le signe de l’espoir. L’espoir du renouveau politique sous l’œil vigilant de la technique et de la science. Si cette nomination fut perçue par certains secteurs comme la signature de la lettre de condamnation de l’amateurisme au sein de l’administration publique haïtienne, d’autres la craignaient, la tradition ayant la vie dure.

Ainsi, la faune politique s’est acharnée contre Michèle Duvivier Pierre-Louis parce que les lumières de son savoir, de son savoir-faire et de savoir-être contrastaient trop avec l’ambiance routinière lourde, contre-productive et délétère caractérisant la marche traditionnelle de nos institutions publiques en panne de modernité. Elle a donc payé le prix de son éclectisme, de son trop-plein de science et de technique dans un environnement qui ne se prêtait pas à une pareille posture « hérétique ».

De ces 13 mois passés à la Primature, Michèle Duvivier Pierre-Louis garde un souvenir aigre-doux. Au grand dam de ses conceptions modernes, modernistes et modernisantes, elle a bu jusqu’à la lie le calice du moyen-âge politique haïtien. Elle en garde le souvenir douloureux et instruit la jeunesse haïtienne de ses expériences, comme dans un ultime élan altruiste de passation de flambeau.

SES PUBLICATIONS (LISTE NON EXHAUSTIVE)

  • « Plaidoyer pour l’autosuffisance alimentaire », Le Nouvelliste, 31 mai 1986.
  • « La Quête de l’Ailleurs », Chemins Critiques, vol 1, no 3, décembre 1989.
  • « Alphabétisation et communautés de base », Actes du Colloque Pour une vision commune du développement des régions d’Haïti, 22 et 23 avril 1988, Montréal, AQOCI.
  • « Le Refus de l’oubli », Chemins Critiques, vol 1, no 4, juillet 1990.
  • « Regards sur l’entreprise », Chemins Critiques, vol 2, no 2, septembre 1991.
  • « Le mouvement associatif en Haïti 1986-1992 », Rapport Colloque de Curaçao – Comité Inter-ONG, 26 au 29 mars 1992.
  • « Aspirations à la démocratie et actions des ONG et groupes de base », Actes du Colloque AQOCI, 24-26 avril 1992, Montréal.
  • « Quelques réflexions sur l’éducation populaire », La République Haïtienne, État des lieux et perspectives, sous la direction de Gérard Barthélémy et Christian Girault, ADEC-Karthala, 1993.

PRIX ET HONNEURS

Des prix et des honneurs, Michèle Duvivier Pierre-Louis en a beaucoup reçu. Citons les plus significatifs :

  • Prix Yoko Tada Foundation for Human Rights, Japon, décembre 1993.
  • Prix du concours de nouvelles pour son récit « Jérémie », femmes écrivains d’origine haïtienne qui vivent aux États-Unis, 2001.
  • Doctorat honoris causa en sciences humaines, Saint Michael’s College, Vermont, 2004.
  • Trésor National Vivant, décembre 2006.
  • Trail Blazer Award de l’institution Dialogue on Diversity, septembre 2007.
  • Doctorat honoris causa, University of San Francisco, 2014.

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