Marie Claire Heureuse Bonheur, infirmière (1758-1858)

FRITZ-GÉRALD LOUIS

Li difisil pou n pale de revolisyon ayisyèn san n pa site non fanm vanyan sa. Pandan tout peryòd lagè pou liberasyon pèp sa, manzè te jwe yon wòl poto mitan : bay laswenyay ak tout moun ki blese.

Marie-Claire Heureuse est parmi les rares femmes ayant pu garder une certaine notoriété dans la société haïtienne. Femme active, elle fut l’un des témoins de la révolution haïtienne. Durant toute la guerre de l’Indépendance, elle soigna beaucoup de blessés. À ce titre, elle fut la première infirmière de l’histoire d’Haïti et l’une des premières connues de l’histoire moderne.

ENFANCE ET VIE FAMILIALE

Marie-Claire Heureuse est née à Léogâne en 1758 dans la famille modeste de Guillaume Bonheur et de Marie-Sainte Lobelot. Très tôt, son éducation fut confiée à la sœur de sa mère, Élise Lobelot, qui, elle, était gouvernante chez les religieux de l’ordre de Saint-Dominique. Elle se maria au maître-charron responsable des ateliers de l’habitation des Frères de Saint-Jean de Dieu, en la personne de Pierre Lunic. Peu de temps après, la mort eut raison de ce couple. Marie-Claire devint veuve en 1795. Quelques années plus tard, elle se remaria avec Jean-Jacques Dessalines. Elle fit sa connaissance lors du siège de Jacmel.

SON GESTE : PORTER ASSISTANCE AUX MALADES ET AUX BLESSÉS
DURANT LA GUERRE DE L’INDÉPENDANCE

Grâce à son courage, Marie-Claire heureuse a pu sortir de sa tour d’ivoire en participant à sa façon à la guerre de l’Indépendance, un geste qui marqua à tout jamais sa vie et l’histoire d’Haïti. En l’année 1800, lors du siège de Jacmel, elle aida beaucoup d’affamés, à un moment où toute la ville était ravagée par la famine. Rapidement, elle se distingua par sa bienveillance et sa compassion. Comme l’écrit Jasmine Narcisse :

Par sa force de persuasion, elle parvint à obtenir du général Jean-Jacques Dessalines, l’un des commandants des troupes assiégeantes de l’époque, l’autorisation de pénétrer dans les murs jacméliens en vue de porter aide et assistance aux blessés (Jasmine Narcisse, Mémoire de femmes, 1997).

Elle mobilisa un bon nombre de femmes et de jeunes filles issues de Léogâne afin de l’aider à distribuer des provisions alimentaires, des médicaments et divers objets de pansement. Dotée d’un courage extraordinaire, elle fit montre d’une grande générosité en mettant son savoir et son intelligence pratique au service du bien commun.

UNE FEMME SERVIABLE ET SENSIBLE

Toute sa vie, elle a conservé son humeur, sa douceur, sa charité active, sa force de volonté dans le bien et son élégante simplicité de mœurs. Son premier acte en tant que femme de Dessalines fut de légitimer les enfants adultérins de ce dernier. Elle fit même montre de pitié envers les colons et les Français blancs d’Haïti si bien qu’elle n’hésita pas à sauver un grand nombre d’entre eux. Jasmine Narcisse écrit à ce propos :

En témoigne la célèbre scène de sauvetage de Descourtilz, racontée par Descourtilz lui-même, qu’elle cache sous son propre lit, et dont elle ne parvint à obtenir la vie sauve qu’à force de supplications, en se traînant à genoux et en pleurs aux pieds de Dessalines, en dépit de la présence ce jour-là de nombre d’officiers et aides de camp (Jasmine Narcisse, Mémoire de femmes, 1997).

Armée toujours de bienveillance et de bon cœur, Marie-Claire Heureuse Dessalines s’intéressa au sort des prisonniers. Le 8 octobre 1804, elle fut couronnée par l’archevêque Jean-Baptiste-Joseph Brelle comme impératrice au côté de son mari. Son règne s’étendit jusqu’à la mort tragique de son époux au Pont-Rouge, le 17 octobre 1806.

TRISTE FIN

Après l’assassinat de son mari à l’entrée de Port-au-Prince, la vie de Marie-Claire Heureuse se trouva bouleversée. Les détracteurs de Dessalines séquestrèrent tous ses biens, laissant sa femme sans aucun moyen de subsistance.

Elle vécut une fin de vie très difficile, truffée d’humiliation et d’indignation. Tenant compte de ses problèmes financiers, elle décida d’aller vivre chez sa petite-fille aux Gonaïves pour fuir cette misère chronique et persistante. Dans la nuit du 8 au 9 août 1858, elle succomba sous le poids du temps et passa de vie à trépas. En hommage à son courage, plusieurs articles ont été rédigés. Des écoles publiques à travers tout le pays portent son nom encore aujourd’hui ainsi qu’une grande fondation, la Fondation Marie Claire Heureuse Félicité Bonheur Dessalines.

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