Marie Alice Théard, poétesse, galériste et historienne de l’art (1948-)

DENISE BERNHARDT

Li s on poto mitan nan Asosiyasyon Entènasyonal sou Kritik Zèv atis. Sa fè plis pase 30 lane depi l ap òganize youn nan pi gwo festival sou zèv atis ann Ayiti. S on espas rankont ak viv ansanm pou jèn talan peyi a.

Marie Alice Théard, poétesse et historienne de l’art, est née le 3 août 1948 à Port-au-Prince. Membre de l’Association internationale des Écrivains (IWA), de l’Académie TRINACRIA et de l’Association Internationale des Critiques d’Art (AICA), elle dirige la Galerie d’Art depuis 1983. Rapidement, la Galerie d’Art devint un lieu de rencontre convivial, décoré avec goût, où les œuvres accrochées aux cimaises prenaient tout leurs sens : 32 ans de partage, comme se plait à le dire la maîtresse des lieux.

UNE ENFANCE TRAGIQUE

Marie Alice est originaire des Cayes. Sa famille a été victime du régime Duvalier : son père Dumont Théard, pharmacien, fut emprisonné; son cousin fut exécuté; son oncle emprisonné; son autre cousin devint fou après son séjour à Fort dimanche. Son père ne s’en est jamais remis. Ses cousines ne connaissent pas leur père assassiné par les macoutes de Duvalier. À 13 ans, elle a commencé à travailler comme couturière pour payer ses études. Elle obtint un diplôme de secrétariat bilingue à Port-au-Prince. Elle poursuivit en apprenant l’Histoire de l’Art et l’Esthétique à l’Institut français d’Haïti à Port-au-Prince.

Cependant, elle ne charrie pas la haine et la vindicte. Elle porte plutôt en étendard la compassion. La pratique de l’aigreur n’engendre que destruction, il vaut mieux l’éviter, souligne-t-elle. Sa force est dans l’amour et le respect de sa Patrie. Elle reste fière d’être fille d’Haïti. Sa vie est un manifeste de courage, de fermeté, de sagesse, mettant en exergue le pardon et l’amour, face à la haine et au désespoir.

Trois fils, Luigi, Aby et Franck vinrent combler sa vie, ainsi que par la suite de nombreux petits-enfants.

SON PARCOURS DANS LES ARTS

Elle est passionnée de la peinture, aussi du mystérieux processus de la création artistique. Elle ne voulait pas se contenter d’être simple spectatrice dans cet univers où le merveilleux croise constamment avec les douleurs de la vie. Ainsi, elle a fondé le Festival Arts, à Pétion Ville. Elle a aussi animé la rubrique régulière « L’Art est difficile » au quotidien Le Matin.

À propos de Festival Arts, le 28 novembre 2014, Marie Alice Théard a confié au journal Le Nouvelliste lors d’une entrevue :

Notre satisfaction est immense de partager avec le visiteur le voyage à travers les œuvres de 232 artistes en exposition permanente. Le regardeur revisite leurs rêves, leurs rebellions, leurs lieux interdits et la fascinante beauté de leur imaginaire.

Festival Arts a connu un succès immédiat, et d’années en années, d’expositions en expositions, Marie Alice devint experte de son métier de galeriste où elle a découvert, à travers tous les artistes, matière à se réaliser elle-même. Écoutons la conclusion des confidences qu’elle fit au Nouvelliste :

Poétesse, écrivaine, animatrice de séminaires sur les relations publiques et les convenances sociales, je fais de Festival ARTS le creuset de jeunes talents. Mon vœu le plus cher serait qu’une vision collective nous pousse à utiliser les petites portes qui nous sont ouvertes sur l’étranger loin des critiques partisanes et pour le bien commun. Dieu étant à la source, le succès arrive toujours. Respect!

Pour une femme de sa trempe, le cadre de la Galerie, son ambiance chaleureuse et le nombre de personnalités la visitant régulièrement lui donnèrent l’idée d’y enregistrer des émissions culturelles qui sont diffusées chaque dimanche sur Canal Bleu en Haïti. « Kiskeya, l’île mystérieuse » fait entendre sa voix depuis juin 2011. Ses invités sont des personnalités « diversement impliquées dans le monde de la culture : cinéastes, historiens, architectes, écrivains, peintres, artistes, photographes, musiciens ».

PRIX ET HONNEURS

Élue « Femme de l’Année 2001 », Marie Alice a été sélectionnée parmi les « Greats minds of the 21st century », section Littérature, par le American Biographical Institute. Elle a reçu une plaque de reconnaissance pour « l’expression de sa vérité individuelle et pour sa liberté d’artiste » par le Health Communication Inc. (EMG) de New York aux États-Unis. Le prix de l’activiste littéraire lui fut également remis en 2003.

Elle a été retenue par le Ministère de la Culture et de la Communication au Gala « Ils Chantent les Femmes » dans le cadre du mois national des femmes parmi cinquante femmes, en vue de rendre hommage à son implication soutenue dans la culture haïtienne. Tout est dit, en cet honneur officiel rendu par Madame la Ministre, Marie Laurence Jocelyn Lassègue.

Voici brossée à larges traits une approche d’une femme que la destinée a menée vers les plus grands honneurs. Toutefois, comme des centaines de milliers haïtiens, elle a connu des drames, des tragédies, qui l’ont marquée à jamais, surtout pendant la période dictatoriale.

SES ŒUVRES

Marie Alice Théard porte en elle le goût des arts, et la gloire accompagne ses entreprises. Tout ce qu’elle met en œuvre est couronné de succès. Nous dirions en forme de métaphore, « elle a des doigts d’or ». Amoureuse de la peinture, elle l’est aussi de l’écriture. Poète, nouvelliste, romancière, elle est l’auteure d’une œuvre considérable en passant par les cinq tomes des « Petites Histoires Insolites » dont je vous laisse savourer la présentation du tome V :

Ami lecteur,

Je vous invite encore une fois à vous promener avec moi dans les strates de la mémoire des insulaires, là où les souvenirs disparus reviennent de l’exil avec la remontée du temps, ce temps que traversent les choses laissées au bon soin du hasard. Selon la coutume propre aux gens de l’Ile Thomas, l’inattendu devient souvent l’essence de phénomènes étranges.

J’avoue qu’en lisant cette série d’histoires, enfantée par l’île aux sortilèges, j’ai souvent été envahie de frissons, dus à la présence d’êtres invisibles, capables de me rejoindre dans ma lointaine Europe.

Ceci n’est qu’un aperçu de son œuvre, des recueils de poésies s’enchainent : Cri du cœurAu pays du soleil bleuAu pays des doubles. La poésie de Marie Alice est sensible au-delà du possible, profonde, s’étirant au fil de l’émotion, paraphant les cris de la révolte. Son écriture est d’une sincérité absolue, ce qui fait que ses poèmes amoureux baignent dans l’érotisme et n’ont pour limites que celles qui s’imposent d’elles-mêmes.

Parmi ses œuvres principales, elle a publié en 1998 un collectif regroupant 117 femmes haïtiennes et 40 artistes peintres Haïti, la voie de nos Silences (4 tomes), constituant un témoignage des évènements survenus entre 1986 et 1998. Ce qui lui vaudra le Prix de « l’éditeur de l’année 1999 ».

Viennent alors les livres suivants : Le temps, Paroles à direZéro TolérancePrésence féminine dans l’Art Haïtien, etc.

L’écrivaine Marie Alice Théard, en toute discrétion, fut le best-seller des ventes à l’édition de Livres en Folie 2014, un grand succès que l’imprimeur eut du mal à assurer, produisant de nouvelles impressions sans discontinuer.

POUR CONCLURE

En guise de conclusion, je voudrais citer Pierre Raymond Dumas, parlant de Marie Alice Théard :

Qui donc est-elle? Une vision elle-même porteuse de visions? Une révélation. Combien d’Haïtiennes existe-t-il présentement qui possèdent à la fois autant de talent authentique, de générosité contagieuse et de dynamisme? … Marie-Alice-Théard flirte avec le sublime, le grand goût, le pathétique, le pulsionnel.

Ses œuvres sont faites d’amour, de poésie, de réflexions et de confidences. Sa plume nous enchante et ses activités font partie de l’âme de la cité et de la vie insulaire.

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