Colette Lespinasse, journaliste et militante des droits de l’homme (1961-)

KEDMA JOSEPH

Nuri Vallbona/ Knight Center Austin Forum 2011 Journalists and experts discuss media coverage of migration in the Americas at the 2011 Austin Forum

Li se yon fanm militan nan zafè dwa moun. Yo plis konnen l pou travay li reyalize pou rive amelyore relasyon ant pèp ayisyen ak dominiken ki pataje menm zile.

Colette Lespinasse a été toute sa vie une battante courageuse. Figure haïtienne des droits de la personne humaine, elle a travaillé à l’amélioration des relations haïtiano-dominicaines. Elle a aussi contribué au plaidoyer et à la sensibilisation concernant le phénomène migratoire de même qu’à la défense des droits des Haïtiens à l’étranger, notamment en République dominicaine où vivent de nombreux migrants haïtiens dans des situations extrêmement difficiles. Colette Lespinasse a été, pendant plus de 20 ans, une défenseure ardue des droits de ces migrants haïtiens et des dominicains d’ascendance haïtienne discriminés en raison de leur origine dans l’autre moitié de l’île. Mais c’est à la défense d’une catégorie de ces migrants particulièrement abandonnée par les autorités haïtiennes qu’elle s’est investie le plus : des dizaines de milliers d’Haïtiens (hommes, femmes et enfants) issus de la paysannerie pauvre et des quartiers défavorisés des villes d’Haïti, malmenés, humiliés dans leur quête d’une vie meilleure en terre voisine. Une bataille qu’elle a menée sans relâche avec leadership, avec ingéniosité et avec la volonté de se sacrifier pour les autres. Son engagement et son dévouement dans la promotion des droits et des libertés individuelles de ses compatriotes, élément-clé de la démocratie et de progrès, font d’elle une militante hors du commun.

DE LA RADIO AU MILITANTISME : LE PARCOURS D’UNE FEMME ENGAGÉE

Née en Haïti en 1961, Colette Lespinasse a été religieuse avant de passer à la radio et de devenir la fervente militante des droits humains qu’elle a été au cours des deux dernières décennies. Journaliste, elle s’est intéressée très jeune à la vie sociopolitique d’Haïti. Elle a animé des émissions à caractère social à Radio Soleil, la radio de l’Église catholique qui incitait l’action sociale revendicatrice contre la dictature des Duvalier. Féministe de fond, elle a aussi animé par la suite l’émission « Fanm aktif » (Femmes actives en créole haïtien) à Radio Kiskeya, une autre radio très engagée dans la vie sociopolitique haïtienne. C’était là le début d’une carrière de militantisme définie par le désir de rendre service.

SON INTÉRÊT POUR LES RELATIONS HAÏTIANO-DOMINICAINES

Cet intérêt est né lors de ses études en langue espagnole, au début des années quatre-vingt. Constatant à l’époque la méconnaissance réciproque des deux peuples, elle a fondé avec des amis le « Groupe Échange Solidarité Haïti et la République dominicaine ». L’objectif poursuivi était de créer un espace d’apprentissage pour permettre aux Haïtiens et aux Dominicains de mieux se connaître. Elle a toujours été en quête de bonnes causes et aussi de perfectionnement sur le plan personnel : développement, droits fondamentaux, lutte des femmes, droits des migrants, altermondialisme, etc. Colette Lespinasse a collaboré aux activités de plusieurs institutions à vocation sociale ou politique, de « Protos Haïti », une ONG belge opérant dans le secteur de l’eau et l’assainissement, au « Crad », Centre de recherche et d’action pour le développement, en passant par le « Gralip », Groupe de réflexion et d’action pour la liberté de la presse (W. H. Gabriel, Le Nouvelliste, 2015). Elle a rejoint en 1991 le « GARR », Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés, une plate-forme d’associations et d’organisations travaillant sur la problématique de la migration, qui concentre ses efforts sur la République dominicaine. Elle en deviendra la coordonnatrice en 1999. Elle a été, pendant 14 ans, la figure de proue de cette organisation qui lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite des migrants.

SON ENGAGEMENT AU GROUPE D’APPUI AUX RAPATRIÉS ET RÉFUGIÉS (GARR)

De la radio aux actions de promotion et de défense des droits de la personne humaine, Colette Lespinasse a toujours fait preuve du même engagement radical pour la cause du progrès des Haïtiens, de la même ferveur têtue de battante. C’est à travers le GARR que ses actions de défense des droits humains ont pris de l’ampleur et d’éclat. Elles sont les unes plus énergiques que les autres, multiples et diverses. Colette Lespinasse a travaillé sur des thèmes de plaidoyer touchant, entre autres, les personnes rapatriées à la frontière, le respect des droits des migrants et des migrantes haïtiens, la garantie du droit à la documentation de tous les Haïtiens et les Haïtiennes naissant en République dominicaine. La militante des droits humains qui se considère comme une travailleuse sociale a été pendant longtemps très engagée auprès des rapatriés et des réfugiés haïtiens. Elle a coordonné un ensemble d’actions de sensibilisation, d’information, d’assistance humanitaire et légale et de réinsertion afin de soulager leurs souffrances, et surtout pour amener les autorités et la société haïtienne à agir en vue de prévenir les violations et de faire respecter les droits des migrants aussi bien en République dominicaine qu’ailleurs.

Colette Lespinasse a par ailleurs dénoncé le viol permanent des droits des « Braceros (ouvriers) haïtiens » par une partie de la population blanche et hispanophone dominicaine et par les autorités dominicaines. Elle a également dénoncé l’hypocrisie de ces dernières qui les utilisent comme main-d’œuvre bon marché, mais  les reconduisent régulièrement, ainsi que leur famille, à la frontière dans des conditions souvent inhumaines provoquant parfois des accidents tragiques ou des séparations familiales dramatiques. Depuis 2004, celle qui a rendu visible le problème de la migration haïtienne en République dominicaine s’est faite la porte-parole de ses compatriotes en terre étrangère pour informer et dénoncer cet esclavagisme des temps modernes, en participant à une conférence sur l’avenir d’Haïti à Montréal, au Québec, ainsi qu’au Forum social mondial à Porto Alegre au Brésil. Elle a présenté aussi des conférences et animé des expositions dans le cadre du projet « Esclaves au paradis », notamment en Europe avec le soutien de l’organisation Amnesty International.

PRIX ET DISTINCTIONS

Colette Lespinasse fait partie des personnalités qui ont marqué les deux dernières décennies. Le rayonnement de ses actions, autant comme journaliste que comme militante engagée dans la vie sociopolitique haïtienne, fait d’elle une figure bien connue de l’opinion publique haïtienne et même internationale. Ses combats sans relâche pour la cause des Haïtiens en République dominicaine lui ont valu plusieurs prix et distinctions.

En 2007, le journal haïtien Le Matin l’a honorée pour ses actions en faveur de la défense et de la promotion des droits fondamentaux de la personne. En 2012, elle a reçu une distinction du Ministère haïtien à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme pour son engagement et sa détermination à exiger le respect des droits humains de la population migrante haïtienne. La même année, elle a remporté le prestigieux prix du leadership Richard C. Holbrooke à Washington par l’organisme de droits humains Refugees International. Ce prix vise à honorer ceux et celles qui travaillent sans relâche pour améliorer la protection communautaire de base en faveur des réfugiés. Un prix qui lui a été remis avec fierté, selon le président du conseil d’administration de Refugees international, Michael Gabaudan.

Colette Lespinasse a reçu aussi le prix « Femme de courage Haïti 2014 ». Décerné par l’Ambassade des États-Unis d’Amérique en Haïti, ce prix arrivait dans un contexte particulier où l’Arrêt 168/13 du Tribunal constitutionnel de la République dominicaine dénationalisait des milliers de Dominicains et de Dominicaines d’ascendance haïtienne. Selon l’Ambassadrice américaine, Pamela White, Colette Lespinasse fait partie des grandes femmes dans le monde luttant pour le changement positif et la paix. La diplomate américaine considère la fervente défenseure des droits de l’Homme comme un modèle de courage pour la société haïtienne, particulièrement les femmes et les jeunes.

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