Portrait de femmes

La docteure Madeleine Sylvain-Bouchereau a soutenu, en 1941, sa thèse de doctorat ayant pour titre : Haïti et ses femmes. Une étude d’évolution culturelle. Notre article est, en quelque sorte, un clin d’oeil à l’égard de ce texte disponible en libre accès dans la sous-collection Études haïtiennes des Classiques des sciences sociales (http:// classiques.uqac.ca/contemporains/ sylvain_bouchereau_madeleine/ Haiti_et_ses_femmes/Haiti_et_ ses_femmes.html). Le travail de recherche de Madeleine Sylvain- Bouchereau visait à réfléchir sur la condition des Haïtiennes, sur leur statut économique et sociopolitique. À l’occasion de la journée internationale de la femme le 8 mars 2017, il serait intéressant d’alimenter le projet de notre première Haïtienne docteure en sociologie par le biais de ces trois questions : quelle place l’histoire officielle fait-elle aux Haïtiennes ? Pourquoi leur parcours reste encore invisible ? Comment peut-on remédier à cela ?

Des pistes de réponse à ces questions peuvent être trouvées dans le livre participatif sous la direction de l’ethnologue Ricarson Dorcé et de la sociologue québécoise Émilie Tremblay : Haïtiennes. Portraits de femmes militantes, publié en 2015 et réédité cette année au Québec aux éditions science et bien commun (https://scienceetbiencommun. pressbooks.pub/haitiennes/). C’est un projet d’écriture collective pour valoriser le courage, les travaux et les potentialités des femmes en Haïti. Quinze portraits y sont présentés en vue de rendre visible le parcours de certaines Haïtiennes. Des héroïnes du mouvement révolutionnaire haïtien : Catherine Flon et Marie-Claire Heureuse. Des femmes dans le domaine des arts et des lettres : Mona Guérin, Mimi Barthelemy et Marie Alice Théard. Des défenseures des droits humains : Liliane Pierre-Paul, Ertha Pascal- Trouillot, Collette Lespinasse, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue. Des Femmes Savantes : Yvonne Sylvain, Suzy Castor, Michèle Duvivier Pierre-Louis, Mireille Neptune Anglade, Madeleine Sylvain-Bouchereau et Yvette Bonny.

Florence Piron, professeure à l’Université Laval qui a préfacé l’ouvrage, rappelle combien il est important de mettre en relief des femmes exceptionnelles qui sont oubliées dans le débat national. Pour la responsable des éditions science et bien commun, « rendre visibles et immortaliser des femmes qui ont contribué ou qui contribuent à construire Haïti et à lutter pour son mieux-être, c’est déjà un geste fort ».

Quant à Ricarson Dorcé, dans l’introduction du livre, il a dénoncé une « histoire officielle haïtienne écrite par des hommes et pour des hommes, reflétant l’infériorisation de la féminité dans la société haïtienne ». Le mouvement féministe haïtien doit attaquer les structures politiques et socioéconomiques empêchant l’émancipation des femmes. « Il [le mouvement féminisme haïtien] a aussi un rôle crucial à jouer dans le combat contre la féminisation de la pauvreté, surtout à l’égard des paysannes », ajoute Ricarson Dorcé.

Pour Émilie Tremblay, celle qui a rédigé la postface, « les portraits présentés dans ce livre montrent justement d’autres facettes d’Haïti : l’engagement, le courage, le travail et la détermination de nombreuses femmes ; les projets, programmes, organisations qu’elles ont mis sur pied, et ce, dans différents domaines : les sciences, les arts, les lettres, la culture, la politique, etc. »

Cet ouvrage, rédigé en français et un peu en créole haïtien, a été fait de manière participative grâce à des hommes et à des femmes bénévoles : Pascal Adrien, Erickson Avril, Denise Bernhardt, Jeff Destinvil, Rose- Esther Guignard, Pierre Michelot Jean-Claude, Kedma Joseph, Obed Lamy, Amos Louis, Fritz-Gérald Louis, etc. Ce genre d’initiatives collaboratives est vraiment à encourager afin de remédier à la domination masculine.

 Iléus Papillon

Related posts

Myriam Merlet

Décédée à 53 ans sous les débris de sa maison de Port-au-Prince peu après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Myriam Merlet était une...

Posted